Les patients étaient dans la salle d’attente depuis huit heures du matin, quand tout à coup, le Docteur Bernard fait son apparition et se met à hurler:Les Histoires du Docteur Bernard
- Tous les habitants de Cessenon sont des cons !
Vexés, trois patients se lèvent et partent. Les autres s’interrogent du regard. Ah... Le docteur Bernard, il a encore l’air de mauvais poil ce matin.
Le Docteur Bernard ? Ah ben oui que je le connais. Une vraie tête de con, celui-là. Mais alors, quand il te soigne, tu peux être tranquille. Il connaît son métier, il y a pas à dire : un docteur en or. Mais alors... la semaine dernière, il passe chez moi vers onze heures trente. L’heure de l’apéro, quoi. Il me fait :
- Bon, tu me le serres, ce pastis !
Un docteur qui boit le pastis... Pourquoi pas. Alors, on discute, comme ça, et je lui demande :
- Ça fait quoi d’avoir une nouvelle femme ?
- Ah, c’est bon, qu’il me répond.
- Moi, ça fait quarante ans que je suis avec la même... que je lui dis.
- Ah, et ben, je peux te dire que ça fait du bien de changer. Et en plus, celle-là, elle est quasi-neuve... Elle a quarante ans. Moi, j’en ai soixante.
C’est vrai, ça avait l’air de lui réussir. De fil en aiguille, on se met à parler de ma femme.
- Vous savez, docteur Bernard, vous avez une façon de lui parler qui ne plaît pas à tout le monde... Des fois, vous poussez le bouchon un peu loin peut-être.
- Quoi ? qu’il me répond. Mais t’as pas tes têtes, toi ? T’as pas tes têtes ?
- Non, moi, je m’entends avec tout le monde, je...
Il me coupe :
- Alors, c’est que t’es pédé !
Qu’est-ce que j’aurais bien pu lui répondre... Des mots pareils... Dans la bouche d’un docteur...
Ah, ça, je lui ai dit, moi, au docteur Bernard. Je suis allée le trouver dans son cabinet et je lui ai dit :
- Docteur, vous parlez comme ça avec qui vous voulez, mais avec moi, non, ça ne marche pas... Il vous faut me montrer un peu de respect...
C’est vrai qu’arrivé le jeudi après-midi, il ne faut pas l’embêter, le docteur Bernard. Il me l’a bien dit :
- Ah moi, le jeudi, faut pas m’emmerder, je pense plus qu’à une chose, c’est me tirer dans mon village, dans l’Aveyron. Mon village natal. Mais figurez-vous que même là-bas, ils viennent me faire chier, les gens. Ils m’attendent et ils viennent me voir. Et je suis bien obligé de les soigner.
Ah, ça, c’est sûr qu’un docteur comme lui, on n’en trouve plus des masses de nos jours.
Le docteur Bernard, s’il passe en visite vers midi, attendez-vous à devoir lui servir le pastis. Et ensuite, il vous fera :
- Bon, vous avez pas un petit quelque chose à manger ? Vite fait, quoi, un petit truc à grignoter...
Faut lui servir à manger, parce que sinon... C’est pas vraiment qu’il nous impressionne, qu’il nous fait peur, mais quand on a un bon docteur comme le docteur Bernard à la maison, on peut bien lui mettre le couvert à table, vous trouvez pas ?