- Le poulet, demanda
Louis ?.
L’homme était petit
et chauve, assis sur un tronc et occupé à tisonner des braises,
pendant qu’un poulet rôtissait sous les étoiles, et que Max,
allongé sur un lit de camp, regardait ailleurs.
- Faut voir...
Il tourna la broche d’un
quart de tour. Les deux cuisses du poulet se trouvaient maintenant sur
un axe de trente trente-cinq degrés à peu près, comme
prêtes à exécuter un looping en plané, quelque
chose comme ça.
Max était étendu.
Les chaînes qui le retenaient n’étaient pas fixées
au lit de camp, mais reliées à des anneaux de métal
eux-mêmes solidement assujettis à de lourdes pierres posées
au sol.
- C’est bientôt prêt,
dit Louis. Tu vas m’en dire des nouvelles. Le tout avec le poulet tu vois,
c’est pas tellement que la peau soit bien ferme à l’intérieur,
légèrement fondante et croquante sur le dessus, non non.
Ca, c’est à la portée de tout le monde. L’important, là
où intervient vraiment le talent du rôtisseur, c’est l’assaisonnement.
Max bredouilla quelque chose,
mais Louis ne comprit pas distinctement parce que le bâillon était
attaché très tendu, très impeccablement.
Max, parti cherché
du bois mort, s’était engagé dans le sous-bois et ramenait
un fagot de branchages.
- Avec ça, dit-il,
on va pouvoir se payer une bonne flambée.
Louis ne répondit
pas. Max avait hermétiquement fermé la bear-box.
- Une bonne flambée,
reprit Max.
La lune s’était élevée
dans le ciel de quelques degrés. Elle se trouvait presque à
la verticale du centre de la clairière. Max se dirigea vers l’Oldsmobile,
souleva le haillon arrière et saisit une hache de bûcheron.
- Et avec ça, demanda-t-il
?
Louis, quoi que suspendu
à une branche du grand sapin, juste au dessus du foyer, examina
la hache. Et bientôt, sa jambe sectionnée commença
à le faire souffrir.
- Tu vois, poulet assaisonné
ou pas, on passe de bonne soirées dans l’Arizona, dit Max.
C’était un fait.
Un tapis d’étoiles
s’était accumulé au-dessus de la clairière, un lourd
tapis de condensations nucléaires situé très au-dessus.
Max sortit d’une poche arrière
de son jean un harmonica, et commença à jouer une mélodie
mélancolique, trébuchant aux passages délicats, parce
qu’il n’était pas très bon musicien.
- Tu te souviens, dit Louis,
dont la jambe sectionnée achevait de noircir sur les braises ?
- Les souvenirs sont cors
de chasse mon Lou, fit Max, qui avait lu Guillaume Apollinaire.
Les braises incandescentes
rougeoyaient en silence.
Max avait débouché
un Merlot californien, rempli deux verres et tendu à Louis celui
qu’il tenait dans sa main gauche. Les deux amis passèrent la fin
de la nuit à siroter le Merlot, puis deux ou trois Cabernet, puis
des bières.